Le groupement garde toute sa motivation.
Les gens regardent le trou et n’en croient toujours pas leurs yeux.

Sénégal - Des événements impensables peuvent parfois mettre un terme brutal à un projet prometteur. Cap sur Torodo, où l’espoir s’est vu englouti, du moins pour un temps.

En été 2024, des pluies torrentielles se sont abattues sur le village de Torodo. Le chef du village témoigne : « Je n’avais jamais vu cela. L’eau tombait à flots et n’arrivait pas à s’écouler. Soudain, nous avons entendu un vrombissement. Certaines de nos maisons se sont fissurées. Nous étions paniqués, sans comprendre ce qui se passait ».

Le gouffre

Une fois l’orage passé, ce sont les membres du groupement maraîcher Bokk Dolé qui ont fait la découverte inimaginable : un trou béant d’une dizaine de mètres de profondeur et d’environ vingt mètres de diamètre s’était formé au beau milieu du périmètre maraîcher. Le puits et tout le système d’irrigation avaient disparu, engloutis. Les cris et les lamentations ont aussitôt attiré tout le village. Stupéfaits, les habitant.e.s ont découvert l’ampleur du désastre.

Plus de maraichage

En quelques minutes, la pluie a englouti le travail des 190 membres du groupement. Les récoltes de gombos, de piments, de tomates, de salades et d’aubergines douces n’étaient plus qu’un lointain souvenir.

Après les attaques de sauterelles l’année précédente, le sort semblait s’acharner. Abattues et désemparées, les femmes ont ramassé le matériel restant et vendu les 200 poules du poulailler, également endommagé. Le site est désormais interdit d’accès en raison de l’instabilité du sol. Ce phénomène, inédit dans la région, pourrait être lié à des cavités souterraines. L’afflux exceptionnel d’eau a fait remonter la nappe phréatique jusqu’à la surface, déstabilisant le sous-sol et provoquant l’effondrement.

Se tourner vers l’avenir

Momy Diop, la présidente du groupement, confie : « C’est un coup très dur, mais nous ne devons pas nous laisser abattre. Le temps des lamentations est terminé, et nous cherchons déjà des solutions pour relancer l’activité sur un autre site. Nous en avons déjà trouvé un, encore plus adéquat que l’ancien. En revanche, nous aurons besoin de soutien dans cette démarche, car nous n’avons malheureusement pas les fonds nécessaires. » Des discussions se poursuivent depuis plus d’un an entre notre partenaire stratégique et plusieurs acteurs étatiques, et nous sommes prêts à parvenir prochainement à un accord pour relancer la production maraîchère. Heureusement, l’espoir n’a pas été englouti par le gouffre.

Xavier Mühlethaler